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Déclaration introductive

Mario Draghi, président de la BCE,
Vítor Constâncio, vice-président de la BCE,
Paris, 2 octobre 2013

Mesdames et messieurs, le vice -président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Je voudrais remercier le gouverneur Noyer pour son accueil et exprimer toute notre gratitude à son personnel pour l’excellente organisation de cette réunion du Conseil des gouverneurs. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion, à laquelle M. Rehn, vice-président de la Commission européenne, a également assisté.

Au terme de notre examen régulier de la situation économique et monétaire, nous avons décidé de laisser inchangés les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Les informations et les analyses disponibles continuent de conforter notre précédente évaluation. Les tensions sous-jacentes sur les prix devraient rester modérées à moyen terme dans la zone euro. Confirmant ce scénario, les évolutions monétaires et, en particulier, celles du crédit demeurent atones. Les anticipations d’inflation pour la zone euro restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Dans le même temps, la croissance du PIB en volume a été positive au deuxième trimestre, après six trimestres de contraction, et les indicateurs de confiance disponibles jusqu’en septembre confirment l’amélioration progressive attendue de l’activité économique, en partant de bas niveaux. La politique monétaire vise toujours à conserver une orientation accommodante dans la mesure justifiée par les perspectives de stabilité des prix et à promouvoir des conditions stables sur le marché monétaire. Elle apporte ainsi son soutien à une reprise progressive de l’activité économique. À l’avenir, l’orientation de notre politique monétaire demeurera accommodante aussi longtemps que nécessaire, conformément aux indications fournies en juillet sur la trajectoire future des taux d’intérêt directeurs. Le Conseil des gouverneurs confirme qu’il prévoit que les taux d’intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée. Cette anticipation continue de se fonder sur le maintien, à moyen terme, de perspectives inchangées d’une inflation globalement modérée, compte tenu de la faiblesse généralisée de l’économie et de l’atonie de la dynamique monétaire. Au cours de la période à venir, nous suivrons toutes les informations relatives aux évolutions économiques et monétaires qui nous parviendront et nous évaluerons leur incidence éventuelle sur les perspectives de stabilité des prix à moyen terme. En ce qui concerne les conditions du marché monétaire, nous resterons particulièrement attentifs aux évolutions qui pourraient avoir des implications pour l’orientation de la politique monétaire et sommes prêts à examiner tous les instruments disponibles.

Permettez-moi à présent d’expliquer plus en détail notre évaluation, en commençant par l’ analyse économique. Après six trimestres de contraction, le PIB en volume de la zone euro a augmenté, en glissement trimestriel, de 0,3 % au deuxième trimestre 2013, soutenu également par des facteurs temporaires liés aux conditions météorologiques particulièrement défavorables dans certains pays de la zone euro au début de l’année. Les évolutions des données relatives à la production industrielle vont dans le sens d’un léger fléchissement de la croissance au début du troisième trimestre, tandis que les indicateurs de confiance tirés des enquêtes disponibles jusqu’en septembre se sont encore améliorés, en partant de bas niveaux, confirmant globalement nos anticipations antérieures d’une reprise progressive de l’activité économique. Dans les mois à venir, la production devrait se redresser à un rythme lent, sous l’effet notamment d’une hausse progressive de la demande intérieure soutenue par l’orientation accommodante de la politique monétaire. L’activité économique dans la zone euro devrait également bénéficier d’un raffermissement graduel de la demande extérieure. En outre, les effets de l’amélioration générale observée sur les marchés financiers depuis l’été 2012 se font progressivement sentir sur l’économie réelle, et il devrait en aller de même des progrès réalisés en matière d’assainissement budgétaire. De plus, les revenus réels ont récemment bénéficié d’une inflation généralement plus faible. Cela étant, le chômage demeure élevé dans la zone euro et le nécessaire processus d’ajustement des bilans dans les secteurs public et privé continuera de peser sur l’activité économique.

Les risques entourant les perspectives économiques dans la zone euro demeurent orientés à la baisse. Les évolutions des conditions sur les marchés monétaires et financiers à l’échelle mondiale et les incertitudes qui y sont associées pourraient influer négativement sur la situation économique. D’autres risques à la baisse ont trait à un renchérissement des matières premières sur fond de regain de tensions géopolitiques, à une demande mondiale plus faible que prévu et à une mise en œuvre lente ou insuffisante des réformes structurelles dans les pays de la zone euro.

Selon l’estimation rapide d’Eurostat, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est ralentie en septembre 2013, de manière globalement conforme aux anticipations, pour s’établir à 1,1 %, après 1,3 % en août. Sur la base des cours des contrats à terme sur l’énergie, l’inflation, en rythme annuel, devrait demeurer à ces bas niveaux au cours des prochains mois. Considérées dans la perspective de moyen terme appropriée, les tensions sous-jacentes sur les prix devraient rester contenues, reflétant la faiblesse généralisée de la demande agrégée et le rythme modéré de la reprise économique. Les anticipations d’inflation à moyen et à long terme continuent d’être solidement ancrées à un niveau compatible avec la stabilité des prix.

Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix devraient rester globalement équilibrés à moyen terme, les risques à la hausse étant liés en particulier à un niveau plus élevé des prix des matières premières ainsi qu’à une augmentation plus forte que prévu des prix administrés et de la fiscalité indirecte, et les risques à la baisse découlant d’une activité économique plus faible qu’anticipé.

S’agissant de l’ analyse monétaire, les données relatives à août indiquent que le rythme d’expansion sous-jacent de la monnaie au sens large (M3) et, en particulier, du crédit est demeuré faible. La croissance annuelle de M3 est restée globalement stable, s’établissant à 2,3 %, après 2,2 % en juillet. La croissance annuelle de M1 est demeurée robuste, mais elle s’est modérée à 6,8 % en août, après 7,1 % en juillet. Les entrées nettes de capitaux dans la zone euro ont encore été le principal facteur ayant soutenu la progression annuelle de M3, tandis que le rythme annuel de variation des concours au secteur privé est resté faible. Le taux de croissance annuel des prêts aux ménages (en données corrigées des cessions de prêts et de la titrisation) s’est inscrit à 0,4 % en août, niveau globalement inchangé depuis le début de l’année. Le rythme annuel de variation des prêts aux sociétés non financières (en données corrigées des cessions de prêts et de la titrisation) s’est établi à -2,9 %, contre -2,8 % en juillet. La faible dynamique des prêts aux sociétés non financières continue de traduire essentiellement le décalage avec le cycle économique, le risque de crédit ainsi que l’ajustement en cours des bilans des agents financiers et non financiers.

Depuis l’été 2012, le financement des banques s’est considérablement amélioré, notamment à travers un renforcement de la base de dépôts domestiques dans un certain nombre de pays en proie à des difficultés. Afin de garantir une transmission adéquate de la politique monétaire aux conditions de financement dans les pays de la zone euro, il est essentiel que la résorption de la fragmentation des marchés du crédit de la zone euro se poursuive et que la résilience des banques soit renforcée lorsque c’est nécessaire. De nouvelles avancées décisives dans la mise en place d’une union bancaire permettront d’atteindre cet objectif.

En résumé, il ressort de l’analyse économique que les évolutions des prix devraient rester compatibles avec la stabilité des prix à moyen terme. Un recoupement avec les signaux provenant de l’analyse monétaire confirme ce scénario.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, les pays de la zone euro ne doivent pas relâcher leurs efforts en vue de réduire les déficits et de placer leurs ratios de dette élevés sur une trajectoire en baisse. Les projets de programme budgétaire que les pays présenteront pour la première fois dans le cadre des deux règlements de l’UE (le « two-pack ») doivent prévoir des mesures suffisamment ambitieuses pour atteindre les objectifs budgétaires pour 2014. En outre, les gouvernements doivent intensifier résolument leurs efforts visant à mettre en œuvre les réformes structurelles qui s’imposent sur les marchés des biens et services et sur le marché du travail. Ces réformes sont nécessaires non seulement pour permettre aux pays de renouer avec la compétitivité et assurer le rééquilibrage au sein de la zone euro, mais aussi pour créer des économies plus flexibles et plus dynamiques porteuses d’une croissance économique durable et d’emploi.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

Veuillez consulter la version anglaise pour les termes exacts approuvés par le Conseil des gouverneurs.

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